Au bout du compte, qu’est-ce qui a causé la disparition du baiji ?

Il n’y a pas eu d’extermination systématique du baiji. Aucune maladie ne les a décimés les uns après les autres. Cette disparition n’est qu’une des multiples conséquences du développement économique et humain opéré dans une des régions les plus peuplées au monde.

La transformation du fleuve a impacté son habitat

Le fleuve, avant Le fleuve, maintenant

A partir des années 1950, dans une indifférence quasi générale, la transformation rapide du fleuve par les hommes a enclenché une dynamique irréversible et fatale.



carte du fleuve Yangtsé


Pivot de la vie en Chine, le fleuve Yangtsé a toujours été aménagé dans une logique économique. Récemment, pas moins de dix mille usines pétrochimiques se sont installées à proximité de ses berges. L’ouverture de barrages destinés à la production d’électricité a grandement perturbé les habitudes migratoires des baijis. La construction de la station hydroélectrique de Xinanjiang à la fin des années 1950 a ainsi condamné l’accès à la rivière Qiantang, un bras du Yangtsé où les baijis se rendaient régulièrement. Le barrage le plus important, celui des Trois Gorges, qui produit à lui seul 84 Terawatts d'électricité soit plus du double de tous les barrages suisses a impacté fortement l'habitat du baiji. Sa construction avait nécessité le déplacement de 1,3 million d’habitants et la destruction de 4500 villages. L’aménagement des rives et des fonds fluviaux, destiné à rendre possible la navigation de gros bateaux, a également bouleversé les zones de chasse des baijis.


Enfin, dans le but d’accroître les possibilités de navigation des bateaux toujours plus en amont du fleuve, de nombreux ports ont été ouverts. Que ce soit en raison du bruit des moteurs qui perturbe les sonars des baijis, ou en raison des hélices qui blessent leur peau, les bateaux aux tonnages de plus en plus importants ont assurément joué un rôle dans la disparition des baijis.

Mais l’extinction du baiji est le résultat d’un ensemble de causes

En plus de la construction de barrage, en plus des aménagements destinés à rendre possible la navigation de gros bateaux, en plus de l'ouverture de nombreux ports, d'autres facteurs ont joué un rôle dans la disparition des baijis.

Il y a par exemple la pollution des eaux du fleuve, même si sur ce sujet, les opinions divergent. Il est toutefois raisonnable de penser que les rejets d’eaux par les usines, tout comme l’impact des engrais utilisés par les paysans, ont considérablement transformé la qualité des eaux du Yangtsé. D’après une étude scientifique réalisée en 2006, le plancton, source d’alimentation pour bon nombre d’êtres vivants dans le fleuve, est en train de disparaître.

La surpêche par les pêcheurs locaux a également contribué à diminuer la nourriture des baijis.

Enfin, l’évolution des techniques de pêche n’a rien arrangé. Durant les dernières décennies, le développement de la pêche électrique, mais aussi l’usage de filets qui piègent les poissons, ou encore les fameuses palangres (des centaines d’hameçons placés sur une ligne tirée par des bateaux), ont affecté directement les derniers baijis vivants encore dans le fleuve.

Les jeunes chinois sont-ils sensibles à ces questions ?

Une eau polluée par les déchets
Photo : Stephen Codrington

D'une certaine manière oui puisque 50 000 élèves de 27 écoles se sont mobilisés en faveur de la défense du Yangtsé !

Tout commence au printemps 2008, dans la province de Sichuan, à Piankou (ville de 6 000 habitants), où des élèves munis d’éprouvettes graduées et de papiers tests sont allés mesurer le pH de la rivière, un affluent du Yangtsé. Le constat de pollution est alors alarmant : le pH peut aller jusqu’à 5,8 (sachant que les eaux du milieu naturel ont un pH de 7,5).

Forts de ces résultats, est proposé à la municipalité un projet de redéploiement des poubelles des artères de la ville et la création d’un service d’enlèvement des ordures ménagères. Et la municipalité accepte ! Les élèves et la mairie adressent alors un questionnaire à la population. Les résultats sont claires : 89 % des répondants déclarent qu’il faut traiter la pollution de la rivière.

Du coup le projet s’étend : les écoles de l’eau quittent le cadre scolaire. Ainsi, dans la préfecture autonome tibétaine de Deqing, au Yunnan, les lamas d’un temple ont placé l’eau au cœur de leur enseignement religieux pour réconcilier l’homme et la nature. Ce qu'il faut retenir, c'est que le projet intité par des élèves prend désormais des proportions nationales avec un grand chantier en cours à Beijing (Pékin).

Protection des animaux aquatiques et renaturation des rivières : un exemple au cœur des Alpes

Depuis la toute fin du siècle dernier, la renaturation des cours d’eau est à l’ordre du jour. Après une période de lutte contre les débordements, au cours de laquelle les aménageurs ont surtout rectifié les berges, les endiguant dans de hauts murs, le milieu s’était gravement appauvri et on observait beaucoup moins d’espèces végétales et animales typiques. Décision a été donc prise de leur redonner vie.

Mais il n'est pas facile de transformer un habitat. Par exemple, il faut trois types d’habitat pour permettre à la grenouille rousse de se reproduire : l’un aquatique pour s’accoupler et pondre ses œufs, un second terrestre pour s’alimenter en été (trouver des petits insectes, crustacés, mollusques et larves diverses) et un troisième pour hiberner sous une souche, un rocher ou dans la vase.


La versoix, avant La versoix, renaturée

Entre autres expériences, on trouve celle de la rivière la Versoix, dans la région de Genève, comme le montrent les photos.